La deuxième lettre d'information de l'association Sciences Pi contient un article sur le libre rédigé par Philippe Marchiset, étudiant de la promotion 2010 et participant au projet collectif "Débat libre".

La lettre d'information est accessible ici en format PDF.

Extraits : La maturité paradoxale du libre

"Le logiciel est un bien particulier, tant au regard de l’économiste que du juriste. Initialement pensé comme un bien public complémentaire du hardware, il n’a cessé de se transformer en bien exclusif au gré de la standardisation et de l’émergence de l’industrie logicielle. En effet, les années 1980 ont vu l’émergence de licences restrictives et la fin progressive de l’accès naturel au code source ; contexte dans lequel s’est construit le logiciel libre. Richard Stallmann, créateur de la FSF (Free Software Foundation) en 1985, a ainsi posé les jalons philosophiques et juridiques du mouvement ; comme en atteste la publication en 1989 de la première licence GNU GPL (General Public License) garantissant à l’utilisateur les quatre libertés. Quant aux bases économiques et techniques du mouvement, elles se sont développées dans les années 1990 autour du système d’exploitation Linux, et grâce à Internet. Ce succès naissant s’est ensuite agrégé autour de programmes grand public, tantôt le fruit d’entreprises jouant le libre par opportunisme, de communautés fortes ou des structures nouvelles ayant le libre pour credo. En parallèle, la teneur philosophique et politique du libre s’est dissoute dans un ensemble économique plus vaste et mieux constitué.

Cette histoire atteste que le temps des interrogations en cascade autour du logiciel libre s’éloigne. Suite à l’étonnement initial, de nombreuses réponses juridiques, économiques et politiques ont été apportées à un phénomène qui a depuis, nettement dépassé le seul cadre de la programmation. Les industries numériques, la création artistique et l’innovation scientifique sont toutes plus ou moins touchées par ce phénomène d’ouverture et de mise à disposition. Cependant, le succès dans ces filières est loin d’atteindre celui acquis dans le domaine logiciel.

Si le modèle du libre a su se greffer à une économie logicielle bien particulière (I), son exportation à d’autres territoires connaît en revanche un succès moindre (II)."