Une crise difficile à ignorer

Le premier constat est que la crise économique ne devrait pas épargner les technologies de l’information et de la communication (TIC). Pour 2009 les dépenses informatiques ne devraient croître que de 2% au lieu des 6% initialement prévus. En matière de logiciels et de services la croissance devrait être nulle ou faiblement positive. Néanmoins l’impact devrait être plus faible que les crises de 1993/1994 et surtout que la crise de 2001/2003 qui était véritablement liée à une crise systémique du domaine des nouvelles technologies. La crise de 2009 n’est donc pas liée aux TIC, ce qui laisse Philippe Montarges penser que cela peut favoriser des solutions alternatives et in fine une sortie de crise.

En effet une étude publiée par IDC en mars 2009 montre que 72% des décideurs interrogés envisagent ou ont envisagé la possibilité d’investir dans des plates formes Linux. Avec d’autres exemples il est apparu que le marché envoyait des signes forts en faveur du libre.

L’exacerbation de la concurrence en période de crise : une opportunité

Malgré ces indicateurs positifs, la crise n’en signifie pas moins une diminution de la richesse globale et de la croissance ; ainsi la concurrence n’en devient que plus féroce. A ce titre le choix entre logiciel libre et propriétaire est davantage mis en balance. A plus forte raison que les baisses de budgets, les reports et les pratiques de cost killing vont s’accentuer. Une étude est venue démontrer que le coût était un argument plus déterminant dans le choix que ne pouvait l’être le souci d’indépendance.

Néanmoins l’exacerbation de la concurrence n’est pas nécessairement dépourvue de menaces pour le libre : les questions traditionnelles se posent toujours dans des cas de migration ; la présence des compétences pour gérer une telle opération en interne étant l’obstacle le plus fréquemment opposé. A cela s’ajoute le défaut de visibilité du libre par rapport à la structure de prix qui n’inclut pas que le prix du logiciel, mais aussi les services.

Si la crise met un coup de projecteur sur le secteur, il y a un risque à ce qu'elle ne procure qu'un avantage conjoncturel et non structurel. Pour éviter cela Philippe Montarges identifie 3 leviers d’action possibles.

Les enjeux pour 2009 et 3 évolutions fortes à opérer pour le secteur du libre

La consolidation : tout d’abord il va falloir que les acteurs professionnels du libre se montrent capable de répondre à l’afflux de demandes et de projets qui vont être générés par les conséquences de la crise. L’organisation et la crédibilité doivent se caractériser en termes de taille de l’entreprise, d’expertise et de pérennité. En outre se pose fondamentalement la question de la taille critique suffisante : le libre en France en 2008 ne représente que 800 millions de chiffre d’affaires.

Le savoir-faire et l’accompagnement : en plus de la stabilisation et du changement économique s’ajoute la mutation culturelle. Il s’agit principalement de passer d’une culture de savoir faire technique qui a fait ses preuves, à une autre de réponse aux projets portés par les Directeurs de Services Informatiques.

La capacité à s’investir : enfin il y a un enjeu fondamental pour le libre qui est celui de la conservation de l’innovation. On pourrait craindre des phénomènes de désengagement ou de repropriétarisation. Il est vital pour les acteurs du libre d’assumer leurs choix et cela passe par l’investissement dans les communautés et dans les axes d’innovation.

Alors dans ces conditions la balance pourrait pencher du côté du libre, mais il est essentiel de penser à l’après crise. Pour conclure, Philippe Montarges a particulièrement insisté sur le fait que l’association fallacieuse entre Open Source et bas coût était dangereuse et néfaste pour l’avenir.

Compte-rendu par Philippe Marchiset